Un golf, une histoire : paysan d'origine par Pascal Parou

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Je suis né à Orléans et, dès mon plus jeune âge, j'ai vécu à la ferme, ce qui explique sans doute que j'ai attrapé le virus de l'agriculture de très bonne heure. La cour de la ferme était notre terrain de jeux (nous sommes trois frères), avec les poulets et autres volailles, quand nous ne construisions pas des cabanes dans les bois. A grandir ensemble dans cette ferme, nous nous sommes repassé le virus et notre volonté d'être agriculteurs s'est affirmée. C'est pour ça qu'en 1972 notre père décida d'acheter une ferme à Marcilly-en-Villette, en Sologne, au sud d'Orléans. En outre, il allait pouvoir assouvir sa passion de toujours, la chasse. Son plus grand plaisir cynégétique, c'est toutefois à la Chape à Tigy qu'il l'aura, sur la chasse de M. Lejeune, un homme que j'ai l'impression d'avoir toujours connu âgé.

Mais c'était seulement la différence d'âge qui était grande entre lui et nous. Il avait un petit territoire de chasse, au milieu de la forêt solognote, où le gibier était abondant. Et puis sa chasse favorisait des rapports humains de qualité : jamais plus de quinze chasseurs, pas deux professions identiques. Les échanges y étaient toujours très intéressants. La cuisinière était vietnamienne. Elle nous préparait un délicieux pain-beurre avec du chocolat râpé et elle servait le fromage blanc au début du repas.

 

En 1972, à la ferme de Marcilly, il y avait des prés immenses et quelques cultures de céréales qui se morfondaient au soleil. Dès la première année, mon père fit un forage, pour pouvoir cultiver le maïs et d'autres céréales. Ce fut insuffisant : il fallut faire un drainage sous la terre, qui était pleine de mauvaises herbes. Pendant ce temps, j'étais au lycée agricole de Montargis. C'était en 1974 et, à cette époque déjà, il y avait une conférence, la première semaine, au cours de laquelle on nous présentait d'anciens élèves. Des anciens élèves qui étaient tout sauf agriculteurs, alors que, tous, nous voulions l'être. En fait, mais nous ne l'avions pas bien compris à l'époque (et ce fut un choc), ces anciens avaient été choisis pour élargir les voies de réflexion autant que pour élever les débats. Durant les trois années qui m'ont mené au bac, j'ai pu découvrir diverses facettes de l'agriculture, notamment pendant un stage d'un mois, dans la Loire, sur une exploitation vouée à l'élevage, à la vigne et au tourisme.


Un montage passionnant

 

Pour ce qui est de l'élevage, il y avait une trentaine de vaches à traire chaque soir, pour moi. Le matin, c'est l'agriculteur qui s'en occupait. Et puis il y avait des gîtes ruraux que louaient des citadins. Le matin, je partais au pré avec les vaches et mes citadins. Le soir, nous allions rechercher les bêtes avec les touristes. Dans la journée, nous nous occupions de tailler et d'attacher la vigne. Quand un car passait à la coopérative, nous allions servir le vin et préparer les colis. Ce mois m'a marqué par la richesse des échanges entre travail et loisirs, entre ville et campagne.

 

L'hiver, en famille, nous allions à la montagne, à Combloux, joli petit village qui s'était mis à l'accueil des gens de la ville à la recherche du dépaysement autant que de la pratique du ski. J'ai pu longuement discuter avec des agriculteurs qui avaient construit un chalet pour accueillir des vacanciers, pendant dix à quinze ans, avant de le donner ou de le louer à leurs enfants et petits-enfants. J'ai également pu discuter avec leur beau-frère, qui vendait le lait et la tome. Ils étaient propriétaires de prairies qui, en hiver, étaient exploitées par les remontées mécaniques. Les enfants travaillaient à ces remontées mécaniques et à l'école de ski, comme moniteurs. Un autre avait monté un restaurant. Ce montage passionnant entre le foncier, les remontées mécaniques, l'école de ski et la restauration devait nous inspirer pour l'avenir (nous sommes allés à Combloux une vingtaine d'hivers).

 

En 1979, ma passion de la montagne m'avait poussé à demander les chasseurs alpins, pour mon service militaire. Je me suis retrouvé à Barcelonette, dans les Hautes-Alpes. Après un mois de classes à crapahuter dans la neige, à coucher dans les igloos de moyenne montagne, j'ai fait une formation de chauffeur poids lourd. En fin de mois, j'ai suivi une autre formation, de moniteur auto-école celle-ci et à l'issue de laquelle j'ai été affecté à l'enseignement théorique pour des groupes de douze à dix-huit personnes. Bonjour le trac !... Mon premier cours devait durer une heure : au bout de vingt minutes, j'ai fait sortir tout le monde, pour une pause. Ma bouche était desséchée. Plus un mot ne pouvait en sortir. Au fur et à mesure des cours, j'ai pris de l'assurance et, en fin d'année, je n'avais plus le temps de faire mon cours en une heure, tellement j'expliquais et développais. Entre les cours, il me fallait enseigner au volant. ça n'était pas toujours facile : certains élèves avaient très peu d'expérience et il fallait que tous apprennent à conduire un camion. Après quelques heures dans la caserne, on les mettait tout de suite sur la route, en montagne. J'avoue que j'ai eu quelques belles peurs ! Mais le côté intéressant, c'était de se promener partout, du col de Vars au tour du lac de Serreponçon. C'est au cours de ces ballades que j'ai rencontré un agriculteur qui faisait faire les foins aux touristes du camping : une demi-journée de foins contre un repas à la ferme. Il y avait une feuille d'inscription, et il prenait trois personnes par demi-journée. Tout le monde y trouvait son compte et les échanges étaient extraordinairement riches.


De la fétuque rouge

 

C'est en 1980 que je suis revenu à la ferme de Marcilly, mon service militaire fini. Le chef de culture prenait sa retraite. J'avais vingt et un ans. J'ai décidé alors de prendre la responsabilité de la ferme, 113 hectares de blé, orge, colza et maïs, avec une optimisation du drainage et de l'irrigation. En 1981, mon frère cadet s'installait près de Châteaudun, dans une ferme céréalière, pour cultiver blé, maïs et pois.

 

Pendant ce temps, à Marcilly, je cherchais à diversifier les cultures. Grâce au groupe de développement, j'ai trouvé un contrat de production de semence de gazon pour la société Clause. Cette culture de fétuque rouge très rare se plaisait bien à Marcilly. Son côté bisannuel lui donnait le temps de s'installer. Plus besoin de labourer, de herser, la culture était installée pour trois ou quatre ans à la même place. Nous en avions dix-huit hectares sur deux cents cultivés en France, soit 9 % de la production nationale.

 

En 1983, à force de chercher des cultures et des idées originales avec mon père, nous avons découvert, au salon de l'agriculture de Paris, un " stand de l'an 2000 " qui commercialisait des ULM destinés aux traitements agricoles. Ils appelaient ça " la mobylette de l'air ". Comme en début d'année, en Sologne, il n'était pas facile, du fait de l'humidité, de prévoir les dates d'intervention sur les blés, colza et autres, et que pour le maïs il fallait louer un hélicoptère pour lutter contre la pyrale, nous avons été séduits par cette technique novatrice. Nous avons donc acheté un ULM pour le travail, mais aussi pour faire des baptêmes de l'air, le week-end. C'est là que l'aventure a démarré...

... Il y avait deux écoles de pilotage, dans la région : une à Amboise, et une près de Poitiers. Celle d'Amboise ne fonctionnait pas l'hiver, celle de Poitiers venait d'ouvrir et elle a été très heureuse de travailler avec moi. Comme il ne faisait pas beau, il fallait attendre les éclaircies. Je me rappelle mon premier vol : nous étions en duo avec le moniteur et c'est lui qui pilotait. J'avais juste les mains sur le delta, pour ressentir les réactions de l'appareil. A la fin de ce vol, le moniteur m'a dit : " Vous êtes très décontracté ". Je lui ai répondu : " C'est normal, j'ai confiance ". Au deuxième vol, il m'a confié le delta. Là, je me suis retrouvé nettement moins décontracté. Au deuxième jour, j'étais un peu moins crispé quand, après un décollage, le moteur cala : panne d'essence ! Le moniteur a repris les commandes et nous avons fait un atterrissage en force, sans rien casser. Après avoir fait le plein, nous avons redécollé, un peu énervés par l'incident. Peu après le décollage, la ceinture de sécurité que le moniteur avait posée sur ses genoux s'est prise dans l'hélice. Nous étions plus haut que la fois précédente et je voyais les morceaux d'hélice exploser et déchirer l'aile. La peur me nouait le ventre, mais le moniteur a réussi à nous poser dans un pré, pas loin d'un fil barbelé, d'ailleurs. Je suis reparti pour Orléans, le moral un peu atteint. Une semaine après, le moniteur me rappelait pour me dire que tout était réparé. J'ai donc repris mes cours, la confiance est revenue et le moniteur m'a dit : " La prochaine fois, je te lâche ". Entre temps, j'avais rencontré un pilote d'ULM, à Saint-Cyr-en-Val : il avait appris tout seul, en faisant des petits décollages qu'il interrompait pour ne pas prendre de risques.

 

A quelques temps de là, on nous a annoncé qu'on nous livrait l'ULM le 1er avril. J'ai aussitôt téléphoné à la base de Bricy, pour avoir des informations sur la vitesse du vent et la météo. Après m'avoir répondu en me faisant un peu parler pour savoir où j'étais, mes interlocuteurs ont cru à un poisson d'avril. Deux heures plus tard, alors qu'on nous livrait l'ULM, un Transal de l'armée est passé au ras des bâtiments. Le livreur et le pilote d'essai qui était venu avec lui ne voulaient plus essayer l'ULM. Je leur ai dit : " Si vous ne volez pas, vous le ramenez ! " Le pilote a fini par décoller, car les Transals avaient juste voulu montrer (malgré la suspicion de poisson d'avril) qu'ils nous avaient bien vus.

 

Après l'essai, concluant, je n'ai pas pu dormir de la nuit. Le lendemain, qui était un samedi, pendant que ma mère était partie chercher mon petit frère à l'école, à Montargis, mon père et moi avons décidé d'essayer l'oiseau. C'était le matin. Je partis sur un chemin en herbe, bien décidé à ne faire qu'un mini-décollage. Mais la sensation fut telle, dès que les roues quittèrent le sol, que je ne pus m'empêcher de mettre l'accélérateur à fond. ça y était : je volais. Le premier moment d'ivresse passé, il fallait penser à redescendre. Quitte à m'écraser à l'atterrissage, je fis un petit tour, pour me décontracter. Puis, bien concentré, j'ai refait les gestes mémorisés lors des leçons. Le deuxième moment de joie fut le retour sur le plancher des vaches.

 

Maintenant, il fallait immortaliser. J'appelais Jérôme, un ami qui avait un caméscope. C'était parti pour le deuxième vol. Réussi ! Je montais la difficulté d'un cran en choisissant de me poser en ligne. Mais, en me concentrant sur la direction, j'en ai oublié de refuser l'atterrissage. J'ai touché de l'arrière. Je suis allé voir le mécanicien du village pour redresser les pièces tordues, en échange d'un baptême de l'air en ULM. " Tu te sers de ma presse autant que tu veux ", m'a-t-il répondu, "mais je ne monterais jamais dans ton truc ".

 

J'ai repris les vols, avec de plus en plus d'assurance. J'avais fait une piste deux fois plus grande, en largeur comme en longueur, que ce qui était conseillé. Une fois en l'air, toutefois, je l'ai trouvé vraiment petite. Elle était parallèle à une route départementale. Un jour, je me suis posé au moment où passait le car scolaire : les jeunes étaient déchaînés ! Dix minutes plus tard, je me posais à nouveau. Mais il y avait un petit vent de travers, que je n'avais pas anticipé : j'ai traversé la route et je me suis retrouvé dans un champ de colza. Une autre fois encore, ma trajectoire étant un peu courte, j'ai un peu ouvert l'aile, au lieu d'accélérer. L'ULM a décroché et je me suis planté. Bilan : appareil fichu !

 

Une semaine plus tard (je m'étais juste fait un peu mal au dos), mon appareil revenait avec une nouvelle aile. J'ai remis ça. Mon grand-père, qui avait connu Blériot, voulait me voir voler. Le temps n'était pas idéal et je n'étais pas chaud. Mais mon grand-père m'a dit : " ça serait un copain à toi, il y a longtemps que tu aurais volé. " Par défi, j'ai pris l'air. ça soufflait. Je décidai de ne pas m'éterniser. Balancé de droite à gauche, je parvins toutefois à me poser. " Tu as eu de la chance ! ", m'a dit mon grand-père. Là, j'étais vexé. J'ai redécollé. Une fois en l'air, je me suis dit que c'était idiot, que ça allait mal finir de marcher au défi. Je me suis posé, cahotiquement, mais tout allait bien. Et j'ai compris ce jour-là qu'il était plus prudent de mettre fin à ma courte carrière de pilote ULM. Avant d'arrêter définitivement, pour remercier mon père de m'avoir permis cette aventure, je lui ai proposé de monter le siège biplace et de lui faire faire un petit tour. " ça ira bien comme ça ", a-t-il fait, " rien que d'être en bas, c'est comme si j'avais volé ! "

 

Quelques jours plus tard, nous étions à Poitiers pour revendre l'ULM à celui qui nous l'avait vendu. Il nous a proposé un échange contre un appareil huit roues motrices Poncin pour faire un petit automoteur. Il était disponible à Charleville-Mézières. Ni une ni deux, nous voilà partis pour les Ardennes. Grâce à cet appareil, une fois qu'il a été équipé de ses accessoires, il nous a été plus facile de respecter notre contrat de production de graines de gazon, en même temps que nous avons pu programmer techniquement la défense des cultures de blé et de colza.


L'heure de la mutation

 

Techniquement au point et bénéficiant d'une bonne météo, la récolte 1984 fut exceptionnelle. C'est donc cette année-là que mon père me proposa de lui succéder, à la ferme de Marcilly-en-Villette. Je profitais de l'hiver pour étudier les chiffres et monter le dossier d'étude d'installation. Le bilan n'était pas brillant : les comptes étaient justes en équilibre, avec un prévisionnel stable pour les recettes et en légère hausse constante pour les dépenses. Mes deux frères étaient d'accord avec ce constat, et je pris la décision de ne pas m'installer, proposant à mon père de continuer à gérer la ferme pour son compte. Il a été très déçu. A la chasse, où il rencontrait des gens de toutes professions, quand ses copains non agriculteurs le charriaient sur la " bonne année pour les agriculteurs ", il répondait juste : " Oui, une bonne année... " Un oui un peu triste, comme lui fit remarquer un ami chasseur, agent immobilier de son métier. " Oui, c'est bien vrai ", lui répondit-il, "une bonne année, mais mes enfants ne veulent pas prendre la suite. "

 

Au mois de mars 1985, l'agent immobilier en question nous appelle pour savoir si la ferme de Marcilly était à vendre. Mon père était tenté de dire non. Je lui ai fait signe de dire oui. L'agent immobilier est venu nous voir. Les terrains étaient-ils constructibles ? Non, nous fut-il répondu à la mairie, la Sologne devant rester aux agriculteurs. Autour d'un pot, à la ferme, nous discutons du projet. Il était très simple : acheter la ferme, faire un golf au milieu et de l'immobilier autour. Et le golf, après, demandons-nous à l'agent immobilier ? " Pas de soucis : ça se développe à fond, ça se gère tout seul ! "

 

Nous nous séparons. La nuit passe, qui porte vraiment conseil ! Le lendemain, je propose à mon père d'étudier le dossier golf, sans immobilier. Nous retournons à la mairie. La réponse est claire : oui, comme diversification d'activité.

 

Dès le mois d'avril 1985, nous téléphonons à la FFG (Fédération Française de Golf) pour avoir la liste des golfs, savoir où et comment jouer. Il y en avait déjà trois dans le Loiret. Nous présentant comme des joueurs potentiels, nous décidons d'aller les voir. Le " golf de Sologne ", à La Ferté-Saint-Aubin, n'était fléché nulle part. Renseignés dans un bar, nous découvrons un golf de particulier, avec une petite cabane à l'accueil où une boite aux lettres permettait de laisser un chèque pour payer son parcours. Un joueur, auquel nous demandons comment faire pour jouer au golf, nous conseille d'aller apprendre ailleurs et de revenir quand nous saurions jouer...

 

... Le lendemain, avec mon jeune frère et mon père, nous nous rendons à Sully-sur-Loire. Il y avait du monde, des joueurs très courtois. A l'accueil, nous rencontrons le directeur, à qui nous tendons la main pour lui dire bonjour. La sienne reste dans sa poche, mais il nous explique qu'il y a des cours collectifs à 1.500 francs, pour apprendre, et qu'ensuite, pour jouer, il fallait être parrainé par deux joueurs et acheter une action à 15.000 francs. " Et si on ne connaît personne ? " La réponse est simple : c'est un club privé et nous ne pourrons pas jouer. Il accepte toutefois que nous allions, munis d'une carte de score, faire un petit tour sur son golf. Nous découvrons les petites buttes de départ, les bacs de sable (nous savons depuis qu'il faut parler de " bunkers "), des zones de gazon tondues très ras (des " greens "...) avec un trou et un drapeau.

 

Le soir, en rentrant, mon frère Olivier s'est amusé à dessiner à l'échelle des petites bandes de gazon sur des cartons qu'il a posés sur le plan de la ferme. ça collait... Nous nous sommes pris à rêver...

 

Le lendemain, nous étions à Donnery. Le golf s'étendait autour d'un château. Un peu impressionnant, mais personne à l'accueil. Au bar, la serveuse nous a expliqué qu'elle ne connaissait rien au golf mais que le professeur était sur le terrain d'entraînement (le practice !) et qu'il pourrait nous renseigner. Il était en train de donner une leçon. A l'arrivée de l'élève suivant, nous nous sommes un peu imposés, mais poliment, pour lui demander comment apprendre le golf. " Oh la la ! Laissez-moi votre numéro de téléphone. Je vous rappellerai quand j'aurai un peu de temps. " Il ne devait pas en avoir beaucoup...

 

Nous, ça nous a choqués, tout ça. Pour un marché qui se développait fort, l'accueil était inexistant, les prix étaient élevés, on n'avait que faire des débutants. Il y avait certainement mieux à faire. La FFG nous a envoyé son dossier " comment créer son golf  ". Du golf public au golf international et en passant par le golf privé, tout était expliqué, les chiffres d'investissement allant de... dix à quinze millions de francs ! Des chiffres à faire peur. Nous nous sommes orientés vers l'étude la plus simple et nous avons contacté les architectes recommandés par la FFG. C'est Olivier Brizon qui est venu le premier.

 

Avec lui, nous avons fait le tour de la ferme. La surface convenait (cinquante à soixante hectares), mais il nous a conseillé de mettre une quinzaine d'hectares en plus, pour faire un parcours de débutants (un " pitch and putt " !), nous expliquant que c'était au golfeur ce que la piste verte était au skieur. " Vous formez cinq cents joueurs sur ce pitch and putt ", nous a-t-il dit, " et ce seront autant de joueurs qui passeront sur le dix-huit trous que l'on pourrait faire la deuxième année. " Son approche du projet nous a enthousiasmés : pratiquement sur-le-champ, nous avons décidé que le golf était en route.

 

Le 18 juin 1985, le premier coup de pelle (une pelle mécanique, louée avec chauffeur) était donné. Nous avons organisé le chantier avec trois tracteurs et trois chauffeurs pour remuer quelques 10.000 mètres cubes de terre et de sable. Quinze tonnes de graines de gazon ont été semées entre les parcelles de fétuque. Olivier Brizon (nous lui avions fait confiance, puisque nous ne connaissions rien au golf) nous avait fait un plan au 1/2000ème pour le parcours et au 1/200ème pour les greens. Nous n'avons pas eu à le regretter : il passait deux jours par semaine sur le chantier pour faire appliquer ses plans, nous expliquer, suivre les travaux, coordonner les opérations. Nous lui avons même équipé une chambre sur place ! En septembre, l'agent immobilier (vous vous souvenez ? ...) est passé nous voir, ayant entendu que des agriculteurs étaient en train de faire un golf là où lui envisageait d'en faire un. " Il y a six mois, ils n'y connaissaient rien ! C'est moi qui leur ai donné l'idée ! "

 

C'est aussi à cette époque que, le jeudi à treize heures, une Renault grise s'arrêtait régulièrement. Le chauffeur ne disait rien. Un jour pourtant, il m'a adressé la parole : " Il va y avoir un golf ici? " J'ai confirmé. Une autre fois, il m'a dit : " Vous êtes agriculteur et vous faites un golf ? " C'était bien le cas. La fois suivante, ce fut : " Vous serez donc jardinier, et les golfeurs vous commanderont ! " Semaine après semaine, j'ai essayé de le convaincre que nous avions bien l'intention de le diriger, notre golf.


C'est parti !...

 

Le mois de mars 1986 arrivait, pour lequel nous avions décidé d'ouvrir le practice. Malgré une trentaine de centimètres de neige, nous avons inauguré, avec le conseil municipal. Nous avions engagé un professeur. Notre premier joueur fut Jean-Louis Charnelet, le monsieur à la Renault grise. Il venait de Jargeau et, bientôt, nous amena un petit groupe de ses amis. Un autre groupe suivit, de Beaugency. Nous n'avions pas encore de parcours, juste des tapis pour poser la balle, avec des balles d’entraînement et des cibles à 50, 100, 150 et 200 mètres. Nous prêtions des clubs et Bill, le professeur, donnait les leçons. A l'accueil, il y avait une machine à café, un réfrigérateur pour les Orangina et un micro-ondes pour réchauffer les plats congelés.

 

C'est fin mai que nous avons ouvert le parcours " Pitch and putt ". C'était unique dans le coin et c'était (c'est toujours !) le grand plaisir des débutants. Avec les premiers joueurs, sous l'impulsion de Jean-Louis Charnelet, nous avons monté une association sportive afin d'organiser des cours pour les jeunes avec Bill, le professeur, et des compétitions et animations pour les plus grands.

 

Nous nous préparions à ouvrir neuf nouveaux trous, au mois d’août, qui seraient les premiers du futur dix-huit trous. Sur ce parcours, les distances seraient largement supérieures à celles du " pitch and putt ", où les trous faisaient environ 150 mètres chacun. Sur le nouveau neuf trous, il y aurait deux trous courts (moins 222 mètres, par 3), deux trous longs (plus de 444, par 5), et cinq trous moyens (de 222 à 444 mètres, par 4). Ceci représentait donc neuf trous à jouer en 36 coups, ou dix-huit trous à jouer en soixante-douze coups.

 

Pendant l'été 86, nous avons poursuivi les travaux pour ouvrir neuf nouveaux trous de grande longueur afin de constituer le parcours de compétition officiel dix-huit trous. Nous avons commencé à organiser des compétitions sponsorisées par des entreprises souhaitant se faire mieux connaître de notre clientèle. Ces compétitions ont fortement stimulé les joueurs. C'est ainsi qu'un jour, dans une compétition, un médecin et un agriculteur se sont retrouvés dans la même partie. L'agriculteur ayant gagné, le médecin est venu me voir (c'est moi qui tenais l'agenda du professeur) : " Je viens de me faire battre par un agriculteur, alors donnez-moi trois rendez-vous de leçons afin que ça n'arrive plus jamais ! "

 

Un autre joueur, pour s'entraîner chez lui, demandait à sa belle-mère de tenir un grand miroir devant lui pour qu'il se voit jouer. Elle devait bien sûr suivre son geste. Pour la petite histoire, ce joueur est aujourd'hui divorcé !

 

Un jour, j'ai rencontré un joueur des Yvelines qui avait entendu dire que c'était un agriculteur qui avait fait le golf. Il voulait voir cet agriculteur, sans doute comme une bête curieuse. Après avoir un peu discuté avec lui, j'ai vite compris l'image qu'il se faisait des agriculteurs. Alors je lui ai dit que c'était mon père qui avait fait le golf, mais qu'il était assez bourru et qu'il ne passait que rapidement, le soir. J'ai bien entendu prévenu mon père de ce que j'avais inventé pour faire plaisir à ce client !

 

A part ces petites histoires et la très lourde charge de travail, tout se passait bien. La réussite était là, avec plus de 700 joueurs. Nous avons enregistré la meilleure progression d'équipe jusqu'à arriver à la douzième place du classement OBC national. Mais la concurrence commençait à s'exciter, chaque golf existant augmentant de neuf trous, tandis que trois projets de dix-huit trous étaient annoncés à quelques kilomètres de chez nous.


La concurrence et le doute

 

Après six années d'activité, nous allions nous voir confrontés à l'ouverture de trois golfs concurrents. C'était en 1992 et, quels que soient les calculs que nous faisions, il était clair qu'il allait falloir attirer des centaines de joueurs nouveaux. Il allait y avoir, c'était sûr, des dépôts de bilans et des pertes colossales. Notre première action fut de faire une grande salle de réception. L'idée était que les gens qui veulent organiser fêtes et mariages ont souvent du mal à trouver une salle. Si nous proposions une grande salle, au calme, avec parking, nous pensions qu'il serait facile de la louer. Et comme les gens ont du mal à venir sur un golf, invités à un mariage ils y viendraient forcément, et... y reviendraient peut-être ! Nous avions également des demandes pour une journée de travail au golf avec une pause repas et, éventuellement, une petite initiation. Et puis il y avait le dimanche, où notre bar-restaurant affichait complet. Ceci faisait trois bonnes raisons d'ouvrir cette salle.

 

En étudiant la concurrence, nous nous sommes aperçus que tous les golfs visaient le haut niveau : beau et cher. De ce fait, ils négligeaient les débutants. Nous nous sommes alors rappelé la petite phrase d'Olivier Brizon, l'architecte...

 

Le problème était que, au mois de janvier, nous avions perdu deux cents joueurs, passés à la concurrence. La presse, qui avait beaucoup parlé de notre nouvelle approche du golf, à notre ouverture, ne parlait maintenant plus que des nouveaux parcours. Le découragement gagnait : tous les membres du conseil d'administration de l'association sportive ont démissioné et j'ai dû, faute de candidat, en prendre la présidence. Il fallait passer à l'action. Nous avons contacté l'émission " l’heure du golf  ", sur FR3 national et décidé par ailleurs de lancer une campagne de communication. Je proposais à mon père et à mes frères un nouveau produit : une journée découverte golf. Elle devrait se dérouler sous forme d'une présentation du matériel de golf (dédramatisation), suivie d'un cours avec le professeur, d'un entraînement à volonté jusque midi, d'un déjeuner, et du parcours d'initiation avec prêt du matériel, le tout discounté à 175 francs.

 

Pour faire connaître ce produit, il fallait communiquer. La fabrication de grandes affiches (quatre mètres par trois) et la location de panneaux au bord des routes représentait 100.000 francs, une somme ! Tant pis, nous avons décidé d'y aller, même avec la peur au ventre de perdre 100.000 francs de plus. Nos joueurs étaient fiers de voir s'afficher nos grandes publicités. Ils ont vu que nous ne baisserions pas les bras.

 

Et puis le téléphone s'est mis à sonner. La formule découverte se vendait et plaisait, les nouveaux joueurs revenaient. Là, nous avons compris que nous ne déposerions pas le bilan, même si le passage devait être dur.

 

Finalement, la première année, nous avons vendu près de 1000 journées découvertes. Sur ces 1000 personnes qui ont essayé le golf, près de 200 sont revenues, dont 100 qui ont été séduites par le golf, voire qui sont restées. Le même scénario s'est reproduit tous les ans...

 


Une animation permanente

 

Au golf de Marcilly, l'animation est permanente. L'année débute traditionnellement par quatre galettes des rois : une le deuxième dimanche de janvier avec tous les habitués du dimanche et les jeunes, une le jeudi qui suit avec les seniors, une avec les équipes dames et une avec les équipes hommes. Durant l'hiver, des compétitions amicales sont organisées tous les quinze jours, qui associent un joueur classé et un joueur débutant sur le parcours dix-huit trous, le joueur classé donnant des conseils de jeu au débutant et lui apprenant le respect des règles et de l'étiquette.

 

Un classement individuel et par niveaux est proclamé à la mi-mars, lors de l'assemblée générale des joueurs qui se termine autour d'un dîner.

 

Fin mars débutent les vraies compétitions, à raison de trois dimanches sur quatre, environ. Chaque compétition est associée à un sponsor qui lui donne son nom, en la personnalisant et en la dotant. Dès l'aube, le dimanche, ce sont cent à cent vingt joueurs qui partent, trois par trois toutes les huit minutes, à l'assaut du parcours. Les parties amicales se lancent après le dernier départ des compétiteurs. A partir de 16 heures, l'équipe informatique saisit tous les scores, les édite par séries, les envoie par modem à la FFG pour la mise à jour des handicaps. Pendant ce temps, les commissions sportive et sponsors préparent la remise des prix. A 18 h 30, celle-ci commence par la présentation du sponsor. Après la proclamation des résultats et les photos souvenirs, tout le monde, compétiteurs et invités du sponsor, se retrouve autour de l'apéritif. Vers 20 heures, la fourmilière se vide, chacun se promettant de faire mieux la prochaine fois.

 

Mais on ne joue pas au golf uniquement le dimanche. La même organisation existe en semaine, le jeudi généralement, pour des compétitions de classement. Même si vingt millions de Français travaillent, il y en a de plus en plus qui ont des horaires élastiques ou "raccourcis ", et d'autres qui ne travaillent pas : retraités, jeunes, femmes au foyer..., nous devons nous en occuper.

 

Pendant les vacances scolaires, des stages pour les jeunes et les centres de loisirs sont organisés.


Un événement par an

Pour ponctuer une année, il faut créer un événement fort tel qu’un Grand Prix.

 

C’est une compétition qui a lieu sur 2 jours et qui réunit des joueurs professionnels et les meilleurs amateurs de la région. Nous avons organisé 3 grands prix. Le spectacle est toujours de qualité.

 

Pour l’année 2000, nous réfléchissons sur un événement encore plus fort. C’est à ce moment là que le golf d’Arras a annoncé à la Fédération Française de Golf qu’il laisserait le Championnat de France Messieurs pour un Tournoi Européen Féminin.

 

La Fédération Française de Golf a lancé un appel d’offre à des promoteurs pour organiser le Championnat de France sur un nouveau parcours.

 

C'est ainsi qu’en septembre, Pascal VINCENT et Jean Claude JUBERT sont venus à Marcilly nous demander l’autorisation de présenter notre candidature.

 

Après un souffle d’hésitation et de réflexion nous avons accepté d’être candidat à l’organisation.

 

Nous savions que la concurrence serait rude. Il a donc fallu bâtir une stratégie très différente et très appropriée à notre club.

 

C’est donc l’Association Sportive du golf de Marcilly qui a pris en charge la candidature grâce à son effort de recherche de partenariat, et prouve ainsi que de nombreux annonceurs ont compris l’intérêt d’associer le nom de leur entreprise à ce championnat.

 

Cette dynamique mise en place, les deux tiers du budget initial ont été concrétisés en 2 mois.

 

Dès le mois de novembre, la Fédération Française de Golf nous a confirmé que notre dossier était le plus en avance et qu’il concrétiserait mieux la dynamique de développement souhaité par la fédération grâce à ces deux parcours de 9 trous compacts à côté du parcours de 18 trous.

 

Des commissions se sont mises en place pour la parfaite organisation de ce championnat.

Les 700 joueurs et tout le personnel du golf de Marcilly se donnent à fond, et se préparent à accueillir le plus beau cadeau que l’on puisse offrir aux joueurs actuels et aux publics non joueurs très intéressés de découvrir la passion de la petite balle.